la toile de fond d’itinérance


Petite note en guise d’introduction

La bouilleuse aime choisir et changer les mots qui accompagnent ses expérimentations. Cette deuxième version de petit livret vite fait est là pour faire un peu le point sur ceux utilisés en ce moment. Il est appelé à être renouvelé, mangé, critiqué à tord ou en travers, en fonction des…


LA BOUILLEUSE
1. SE MEUT À L’ÉPREUVE DES LIEUX
2. AVEC CE QUI EST DÉJÀ-LÀ
3. DU QUOTIDIEN FAIT SIEN
4. PREND UN NOUVEAU VISAGE
5. FOMENTE LA MEUTE ÉPARSE
6. TISSE LA BOUILLEUSE


Occuper sans compter

Dans ce monde où tout se révèle n’être que potentielle marchandise, toute forme d’installation est liée à une certaine propriété du sol et donc régie par ses lois, limitée par les usages qu’on lui planifie - neutralisée.

Forte heureusement, des formes d’occupation tentent, dans le grand anonyme de la matière urbaine coulée de béton ou à la merci du vent qui brasse des plaines délaissées, de se soustraire à ces régimes de propriétés. Squats, ZADs, campements, fêtes sauvages, magouilles et débrouilles, se font et se défont face à ce monde qui n’accepte pas que l’on joue hors de ses clous. Si le capitalisme fait de l’occupation une fin, contrôle et bâtit pour occuper, ces formes occupent pour se libérer et habiter. L’occupation est ici un moyen et non une fin. Cette charrette revendique en cela son premier désir, d’être un moyen d’occuper. Alors la bouilleuse campe à la sauvage, s’invite à l’improviste, traîne encore un peu parce que c’est pas mal ici. ELLE SE MEUT À L’ÉPREUVE DES LIEUX. Sans aucune permission ou laissez-passer mais toujours attentive à l’assentiment - sentiment plus ou moins tacite - des vivantes.


Zones de vagabondage

Chaque semaine, le bouilleur arrive dans un endroit qui possède déjà une myriade d’organisations et de désorganisations. Son arrivée s’ajoute à celles-là, comme une rencontre. Si inévitable et souhaitable est cette dernière, faite de propositions et de frictions, tout est fait pour qu’elle ne s’impose pas mais se fasse AVEC CE QUI EST DÉJÀ-LÀ. Suivant cette logique, plutôt que d’aller jour par jour de lieux en lieux, la bouilleuse se déplace de zone en zone et vagabonde au sein de ces dernières. Ces zones n’ont pas de périmètres définis mais permettent, de par leur petite échelle, d’autres modes de déplacements, plus lents, et l’appréhension possible d’un coin de Terre.

Une zone pendant cette itinérance, c’est une semaine quelque part. Chercher un nouveau coin de terre qui puisse nous recevoir et se déplacer les lundis; d’abord une équipe de repérage puis la caravane.. Se rencontrer les mardis, monter un campement, arriver. C’est le jour où sont transmis les gestes nécessaires au bon fonctionnement quotidien. Le mercredi, c’est le temps de grand voile, les idées fusent et les envies rusent. La journée commence par la Tempête des corps volants qui va dessiner les jours suivants. La Tempête de corps volants, c’est le brainstorming collectif, mais on pense pas qu’avec nos têtes, alors les corps aussi sont en tempête. Puis vadrouilles, rencontres et actions, brèches, gestes et présences. En fin de semaine, c’est la (…) chose commune. Et on termine le lundi en retours, rangements, aurevoirs et nouveau départ.

Cette belle organisation hebdomadaire va évidemment devoir faire face aux imprévus. Se faire virer d’un lieu et remonter le campement ailleurs. Apprendre à danser sous l’orage. Accueillir les aléas des humeurs ou des événements extérieurs. Et essayer quand même, dans ce joyeux bordel, de se débarrasser de nos formes d’oppressions et de se soutenir dans nos joies et nos galères. C’est tout un programme.

Pour laisser l’espace au bouillon d’infuser et que chacune s’y sente bien, il est important d’arriver en début de zone pour que toutes se rencontrent le mardi et qu’une nouvelle page de la partition puisse s’écrire. Cela autant pour que les arrivantes puissent s’emparer de la chose, que pour les personnes déjà présentes à qui chaque nouvelle arrivée demande un réaccordage.

Héritière des troupes itinérantes, des peuples nomades au fil des saisons, des départs en vacances et des errances sans arrivées, la bouilleuse vagabonde de zone en zone. À chaque zone, c’est une nouvelle figure indépendante qui s’esquisse.


Les roulements

Dès le mardi soir, c’est le lancement des roulements, fondements de l’organisation collective. Ils permettent une répartition des tâches sur la semaine et de ne pas tenir un même rôle sur toute l’itinérance. Avec les roulements, la bouilleuse DU QUOTIDIEN FAIT SIEN. Être d’un roulement c’est être référent·e sur des choses, et non pas de se voir passer une semaine à une seule tâche. Pour l’instant, les roulements sont les suivants :

Ravies tailleuses (c-h-ourses, récup’, gestion des réserves, eau)
Chaudes runneuses (cuisine, bois, chaudrons)
Rêves et veilleuses (réveil, rangement espace co pour le matin, rappel des horaires)
Nettes soyeuses  (nettoyage cuisine, vaisselle plats, toilettes sèches)
Comptesses (compte thune, gestion des caisses, racontage d’histoire)
Amareuses (matos collectif, costumes, soin des machines, check des affaires qui trainent et de la météo)
Sané sans thé (eau, argent colloïdal, kefir, graines germées, pharmacie)
Awarnessou ernest et celesteam (care, soin du groupe, accueil, oreille, attention)

Un espace est dédié aux roulements sur le tableau d’organisation collective, avec les noms de chacun.e, besoins de coups de mains et compagnie. Les petits carnets des roulements rappellent quelques infos et permettent la transmission de recettes, techniques de démontage, manques ou nouvelles idées d’une semaine à l’autre. Tout ça pour que l’organisation logistique ne soit pas ce qui prenne le dessus sur les temps de discussion, en particulier sur celle du mercredi matin.


Tempête des corps volants

Entre deux zones, faisant face aux allées et venues de chacun·e, le groupe se recompose et la bouilleuse PREND UN NOUVEAU VISAGE. S’ancrer dans un groupe, réfléchir à pourquoi on est là et au sens que prend pour nous cette aventure. À l’aube du mercredi se déroule la tempête des corps volants. C’est un temps où chacun·e exprime ses désirs et ses craintes en lien avec la bouilleuse et la zone de vagabondage. C’est le moment où s’énoncent les envies de brêches, de gestes et de présences pour les jours à venir (qui peuvent filer plus vite qu’une charrette de 200kg tirée à vélo). C’est l’occasion de partager ses valises et incompétences, aussi inattendues, qui peuvent ensuite prendre la forme d’ateliers pour la semaine. La tempête des corps volants se termine, chargée des choses dites à l’instant, en commençant à poser les premiers ateliers, brèches et en fixant la date de la chose commune.


Brèches, gestes et présences

Quel est ce commun qui existe entre le fait d’être là, à jouer sur un gradin au beau milieu d’un rond-point, ou là, à l’aurore d’une usine à partager un café, ou encore ici, devenant clowns dans un marché ? L’envie d’aller voir d’autres. Les brêches, gestes et présences s’adressent à certain·es, sont des désirs de rencontres, d’ouvrir des espaces de poésie. Avec ces dernières, la bouilleuse FOMENTE LA MEUTE ÉPARSE. Chacun·e peut tour à tour initier une envie et apporter son soutien, en amont sur telle brèche, en aval sur tel geste. Pour le dire autrement, en amont l’un·e embarque, en aval l’autre se laisse embarquer. Les brèches, gestes et présences sont aussi des bribes de la (…) chose de la bouilleuse, en guise d’invitation et/ou de première expérimentation.

Des apparitions percent et l’expression nue ancre le(s) sens. La brèche ouvre un ailleurs. Le geste, c’est une fois et la présence, c’est trop gros pour dire.


La (…) chose

La (…) chose de la bouilleuse est un comme un cadeau qu’on s’offre et qu’on offre aux autres. Fait de toutes les expériences et mise en commun, c’est un temps sérieusement absurde qui s’opère à la va-vite et avec attention, entre les gentes en présence et un coin de terrain. Elle forme déjà une histoire entendue dont on ne se souvient plus très bien. Ça peut être un geste qui prend de l’ampleur ou une myriade de brèches qui s’assemblent. La (…) chose fait se rejoindre les fils disparates de la zone et TISSE LA BOUILLEUSE.


au 6 août 2019
à suivre toujours et encore…




Mark